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CASTELJALOUX

Texte et mise en scène de Laurent Laffargue assisté de Sonia Millot.

21 Janvier 2009.

« Une société est une forme de folie qui fonctionne pour le moment »

Edward Bond

Depuis 20 ans je sers de nombreux auteurs classiques et contemporains dans mes mises en scène. Aujourd?hui je me lance dans une nouvelle aventure.

L?écriture.

La mise en scène est une forme d?écriture, certes, mais je ressens aujourd?hui le désir d?être à la source. Il s?agit plus que d?un désir, c?est une nécessité.

Ne plus passer par un filtre autre que le mien. 

C?est un travail autour de la mémoire et de l?identité.

C?est un travail partagé avec mes acteurs. Leur mémoire. Leur identité.

Certains moments vécus de nos enfances.

Pas pour autant une autobiographie.

Je m?inspire de personnages réels que je tire vers la fiction.

Nous sommes en 1984 à Casteljaloux, « coquet chef lieu de canton du Lot et Garonne de 5000 habitants de septembre à juin et qui quadruple sa population durant l?été.

Casteljaloux : son lac, sa piscine olympique, ses thermes, la forêt des landes?».

En apparence un lieu idyllique, parfait pour les moments de villégiature ou de retraite. Tranquille et sain. En apparence seulement.

On y découvre par contraste une pléiade de personnages qui nous parlent de problèmes familiaux, de relation père fils, de questions raciales, d?argent, de violence au quotidien, de rapport de force, de sport, d?alcool et de religion. D?amour.

Il s?agit de faire apparaître la violence du monde au travers d?un petit village de France.

Parmi eux il y a Romain 15 ans. Apprenti voleur, acteur en apprentissage. N?a qu?un souhait : partir.

Marie-Jo, mère de Romain, qu?elle a eu à 17 ans. A 20 ans, mère de 3 enfants. Coiffeuse pendant 6 mois puis n?a jamais plus travaillé. Aujourd?hui très active parmi les témoins de Jéhovah.

Il y a Ferdinand, père de Romain. Il a quitté le foyer. Le queutard du village. Aucune femme n?a porté plainte contre lui à ce jour mais à Castel tout se sait, et lui sait tout sur les autres.

Il y a Ophélie, berger belge à poils noirs longs, Groenendael de 4 ans, dressée pour tuer par Ferdinand.

Il y a Jeannot, toujours poursuivi par les huissiers qui lui font souvent « choper les abeilles ». C?est l?amant de Chantal.

Il y a Chantal qui vit avec Jacky. Caissière au Leclerc. C?est une très jolie fille, Chantal.

Jacky c?est le boucher du village, il sera assassiné par Jeannot un dimanche matin, jour du marché.

Il y a Jean-François, aussi. 28 ans. Amoureux de Romain. En secret. Pas facile d?être homosexuel à Casteljaloux en 1984. C?est aussi l?ami de Jeannot « A la vie ! A la mort ! »

Il y a Pascaline, 14 ans, dont Romain est éperdument amoureux. « Je ne sais pas ce que tu lui trouves à cette gamine?elle est courte sur patte ! » dira Jean-François.

Tous entraînés dans une ronde à la fois amoureuse et désespérée dont certains ne reviendront pas et où le seul échappatoire pour Romain sera la fuite.

J?imagine un terrain de jeu lié à l?enfance. Fête foraine. Terrain de hand ball.

Mais aussi le bar, flipper, baby foot, lieu de confidences, d?ivresse et de rapport de force.

Aujourd?hui je pense à la langue de Pagnol, à l?humour noir dans les situations extrêmes des Frères Coen, à l?ambiance de mystère et de peur de David Lynch (en particulier Twin Peaks), et bien sûr Edward Bond qui influence mon travail depuis que je l?ai rencontré.

Je pense à la musique pop rock des années 80 (Nick Cave, David Bowie, ACDC « antisocial tu perds ton sang froid »)

Je pense à la forêt des landes, immense labyrinthe porteur de secrets et de fantasmes.

Je pense à l?air frais de l?hiver qui fait mal quand on le respire, à la chaleur enivrante de l?été qui excite les c?urs et les sens au bal du 14 juillet. Les rues désertes passées 10 heures du soir. La foule du marché du dimanche matin.

Ce travail demande du temps. Un temps d?écriture tout d?abord. Puis un travail de recherche avec les acteurs qui pourra enrichir, nourrir le texte et ses situations.

10 acteurs, 2 musiciens, un chien.

Je souhaite m?appuyer sur chacune des personnalités qui formeront la troupe. Je vais travailler avec une équipe artistique avec laquelle je partage depuis des années une complicité et un même langage. Les quelques scènes qui vont suivre sauront, je l?espère, vous donner un avant-goût du nouveau désir de théâtre qui m?anime.

Laurent LAFFARGUE, 1er janvier 2009.



LA GRANDE MAGIE de Eduardo de Filippo

Mise en scène Laurent Laffargue

"Avec La Grande Magie, j?ai voulu dire que la vie est un jeu et que ce jeu a besoin d?être soutenu par l?illusion, qui à son tour doit être alimentée par le foi, et j?ai voulu dire que chaque destin est relié au fil d?autres destins dans un jeu éternel : un grand jeu dont il ne nous est donné que de découvrir des détails insignifiants."
Eduardo de Filippo (1949)

"Dans La Grande Magie, il y a une thématique, des inventions, des prémonitions, une façon de devancer l?époque,  même du point de vue stylistique, qui font de cette comédie quelque chose d?exceptionnel."
Giorgio Strehler, à l?occasion de sa mise en scène de La Grande Magie au Picolo Teatro de Milan en 1984

Le propos

Dans un hôtel de villégiature, au bord de la mer, on annonce l?arrivée d?un magicien. Otto est un artiste raté qui vit d?expédients. Pour un peu d?argent, il va faire disparaître une femme, Marta, pour qu?elle puisse rejoindre son amant. Mais celui-ci, au lieu de passer avec elle un court instant à l?abri du mari jaloux, Calogero, l?enlève et l?emmène avec lui. L?absence va durer quatre ans ; le magicien fera croire au mari trompé, Calogero, que le temps écoulé est celui de la représentation théâtrale. Otto va convaincre le mari de la présence de sa femme dans un coffret. Quand elle revient, ce dernier refuse d?admettre son retour.

La frontière entre illusion et réalité, le jeu du théâtre dans le théâtre sont des thèmes qui alimentent régulièrement la réflexion artistique de Laurent Laffargue.
Paradise de Daniel Keene se déroulait dans un cabaret interlope, lieu protégé des atteintes du temps, Les Géants de la montagne de Pirandello questionnait la place du théâtre dans la société, et jusqu?à sa dernière mise en scène, au titre ô combien évocateur, Après la répétition de Bergman, qui interrogeait la frontière entre la vie réelle et le théâtre. La permanence de ces thèmes chez l?artiste indique sa volonté de remettre en question le rapport à son art, ainsi que la réalité qui l?environne.
Pour son prochain spectacle, Laurent Laffargue s?est intéressé à La Grande magie, une pièce d?Eduardo de Filippo, comédien, metteur en scène et écrivain italien.

L?histoire tient en peu de mots : Naples. Ou comment un illusionniste protège la fuite amoureuse d?une femme adultère en faisant croire au mari cocu qu?il est l?objet d?hallucinations. Le tour de magie va durer quatre ans !

Nous avons recueilli les premières réflexions de l?artiste, encore dans la phase de travail préparatoire précédant les premières répétitions.

Comment allez-vous aborder cette pièce ?

Je dirais que c?est l?histoire d?une folie lucide. L?illusion commence à partir du moment où Calogero, le mari, décide d?entrer dans le jeu que lui propose le magicien. On ne saura jamais au fond si l?époux délaissé croit réellement à cette histoire ou décide de croire à cette histoire. Sans doute que cela l?arrange aussi, quelque part. Je pense qu?il y a du Faust et du Méphisto dans cette pièce. Otto, le magicien, va mettre en scène la disparition de cette femme tout en prenant soin d?y impliquer, contre son gré, le mari. Mais tout s?inversera ensuite lorsque ce dernier choisira de s?approprier cette histoire, enfermant ainsi le magicien dans sa propre invention. Otto se retrouve à la fois piégé par ce personnage qu?il a trahi au départ et, en même temps, relié à lui par un véritable attachement.

Comment en êtes-vous venu à choisir ce texte peu représenté en France ?

En fait, je connais cette pièce depuis longtemps. C?est une des pièces que j?ai relues avant de monter Les Géants de la montagne de Pirandello. On y retrouve la figure du magicien, bien que traitée de manière différente dans ces deux pièces. Eduardo de Filippo était très intéressé par la magie, un thème souvent abordé dans son oeuvre. Il a également connu Pirandello. D?ailleurs Les Géants de la montagne est une oeuvre qui lui est particulièrement chère et qui l?a influencé.

En effet, c?est une proposition très pirandellienne que propose La Grande magie : situer la frontière entre la réalité et l?illusion.

Absolument, le thème de l?illusion est central dans la pièce. Chez Pirandello, on assiste à la mise en abîme du théâtre, chez de Filippo, l?illusion est d?abord le point de départ d?une situation, un hommage rendu aux artistes. La grande magie est une pièce particulièrement riche au niveau des situations de jeu, passant du burlesque au mélodrame, mélangeant les genres. Elle a ce foisonnement que l?on retrouve, toutes proportions gardées, dans La Tempête de Shakespeare ou L?Illusion comique de Corneille. Il y a chez Eduardo de Filippo un côté plus populaire que chez Pirandello. Le fait qu?il soit avant tout comédien a bien évidemment influencé sa manière d?écrire, et la façon dont sont agencées ses pièces. Il a d?ailleurs aussi bien interprété Otto le magicien que, plus tard, le rôle de Calogero.


Justement, revenons un peu aux deux personnages principaux, le magicien Otto et le mari bafoué Calogero.

Otto est un magicien bonimenteur, tendance voyou, que l?on soupçonne un peu truand napolitain, et qui, au fond, vit sur le dos de personnes crédules. Il trouve un pigeon exceptionnel en la personne de Calogero.
Il y a quelque chose de très beau dans l?histoire de Calogero et dans son aveuglement à ne pas croire que sa femme l?a quitté. Croire ou ne pas croire devient le thème de la pièce et donc finalement la force de ce théâtre.. Cette illusion-là, d?une certaine manière, transcende l?histoire. Ainsi il n?y a aucune prétention dans le titre de sa pièce La Grande magie, il place le théâtre sur le même plan que la magie. Je trouve assez beau que l?idée de croire soit la chose la plus forte pour un magicien. Un tour de magie se fait en trois temps : il y a la promesse, le tour et le prestige. La promesse, c?est le temps où le magicien évoque devant son public ce qu?il va réaliser, une disparition par exemple, le tour c?est la réalisation de la disparition et aucun tour ne peut prendre sa dimension s?il n?y a pas le prestige c?est à dire la réapparition.

Il est tentant de faire un parallèle enter les deux magiciens, Otto de La Grande magie et Cotrone, celui des Géants de la montagne.

Dans Les Géants de la montagne, Cotrone est un philosophe en même temps qu?un magicien extraordinaire. La villa même participe de ce monde enchanteur. Dans La Grande magie, nous sommes au simple niveau du tour de magie où tout est trucage. Au début, ce qui est beau dans la disparition de la jeune fille c?est que l?on voit le truc, l?envers du numéro de l?illusionniste. On la voit sortir du sarcophage, s?évader à l?arrière avec son amant, mettant ainsi le spectateur du côté de la coulisse. Mais lorsque le mari décide de croire à la disparition de sa femme, tout bascule. La magie se passe alors uniquement dans sa tête.

Peut-on parler de folie de la part du mari ?

Ce qui se passe à la fin est absolument magnifique : Calogero est maintenant persuadé que la réalité est ce qu?il croit. Il pense alors que tout ce qui l?entoure, les êtres et les choses, ne sont qu?une illusion et que la réalité se trouve contenue dans cette boite, remise par le magicien, dont il est le seul à pouvoir dévoiler le contenu, c?est-à-dire sa femme. Lors du retour de Marta, il reconnaît tout d?abord son épouse, puis la rejette presque aussitôt, préférant continuer de croire à ce jeu qui dure depuis quatre ans. En privilégiant sa croyance au détriment de la réalité, Calogero fait preuve d?une « folie lucide ». C?est le thème de l?aveuglement que l?on retrouve par exemple dans une pièce qui peut être un pendant à La Grande magie, Henri IV de Pirandello.

Qu?envisagez-vous en terme de scénographie pour à la fois dessiner les trois lieux de la pièce et donner les codes de lecture de la représentation ?

Avec mes complices scénographes habituels, Philippe Casaban et Eric Charbeau, nous allons essayer de créer un espace modulable. Nous sommes dans un théâtre d?inspiration éminemment populaire. Eduardo de Filippo disait que « le théâtre doit rapporter de l?argent », sous-entendant par là qu?il écrit une pièce avec la volonté résolue de s?adresser à un large public. Ce théâtre est un théâtre d?acteur qui va vers le public et ce que je cherche à créer est une sorte de commedia contemporaine. C?est une histoire de troupe, de code à inventer ou à réinventer avec mes comédiens. Nous devrons retrouver la faconde italienne tout en jouant la pièce en français. Concrètement sur scène, il y aura une sorte de manteau d?arlequin, utilisé non pas comme un cadre mais une arche, une ouverture divisant le plateau en deux. Ce plateau est un radeau mobile qui peut aussi se diviser en plusieurs partie glissant du fond vers l?avant, révélant ainsi de nouveaux espaces symbolisant les différents lieux de l?histoire.


propos recueillis par Olivier Maby



LA GRANDE MAGIE
de Eduardo de Filippo


Texte français : Huguette Hatem
Mise en scène : Laurent Laffargue
Assistante à la mise en scène : Sonia Millot
Scénographie : Philippe Casaban, Eric Charbeau
Costumes : Nathalie Prats Assistée de Christine Brottes et Sarah MERIAUX
Lumière : Patrice Trottier
Musique : Joseph Doherty et Thomas Fiancette
Son : Yvon Tutein
Effets magiques : Thierry Collet
Maquillage, coiffure : Muriel Leriche
Régie lumière :  Alain Unternehr
Habilleuse : Sarah Mériaux
Régie générale : Nicolas Brun
Construction décors Ateliers du Grand T- Nantes

Avec :
Nelly Antignac : Melle Marino + Rosa Intrugli (s?ur de Calogero femme     d?Oreste
Eric Bougnon : Mme Zampa (M. Zampa ?) + L?inspecteur
Georges Bigot : Calogero Di Spelta
Patrice Bornand : Arturo Recchia + Oreste Intrugli (Beau-frère de Calogero)
Dominique Charpentier : Mme Locascio + Matilde Di Spelta (mère de Calogero
Anne Cressent : Marta di Spelta
Maury Deschamps : Marianinna femme d?Otto (Zaira pour la scène):
Joseph Doherty : musicien
Thomas Fiancette : musicien
Eric Frey : Gervasio Penna + Roberto Magliano
Arthur Igual : Mariano d?Albino + Gregorio Di Spelta (frère plus jeune de Calogero)
Daniel Martin : Otto Marvuglia
Annabelle Simon : Amelia Recchia (fille d?Arturo)
Pascal Vannson : Le garçon de l?hôtel Métropole + Gennarino Fucecchia


Coproduction : La GrandT-Nantes ; La Coursive-scène nationale de La Rochelle ;
La Filature, scène nationale-Mulhouse ; Compagnie du Soleil Bleu
Avec la participation du Jeune Théâtre National, l?aide du Théâtre de la Ville/Paris
et le soutien du Nouveau théâtre de Montreuil-Centre dramatique National


Planning de tournée 2008/2009

Septembre/Octobre/Décembre 2008

Création : Le 30 septembre, Le GrandT de Nantes

Du 1er au 5 ; du 7 au 10 octobre : Le GrandT de Nantes
Les 15,16 octobre : La Coursive/Scène nationale de La Rochelle
Les 22, 23 octobre : La Passerelle/Scène nationale de Saint-Brieuc
Les 19, 20 décembre : La Filature/Scène nationale de Mulhouse

Janvier/Février/Mars 2009

Du 8 au 28 janvier : Théâtre de L?Ouest Parisien/Boulogne-Billancourt
Le 31 janvier : Le GrandR/Scène nationale de La Roche-sur-Yon
Les 10, 11 février : Le Théâtre/Scène nationale de Bayonne et du Sud-Aquitain
Le 26 février : Le Parvis/Scène nationale de Tarbes
Le 11 mars : Le Carré Magique/Scène conventionnée de Lannion
Les 25, 26 mars : L?Espace des Arts/Scène nationale de Chalon-sur-Saône


Eduardo De Filippo

Auteur dramatique, né en 1900 à Naples, acteur et metteur en scène souvent comparé à Molière, Eduardo De Filippo est- avec Pirandello- un des plus grands dramaturges italiens. Il traverse tout le vingtième siècle et s'auto défini comme napolitain - citoyen du monde. Il est formé à l'école de l'auteur Eduardo de Scarpetta, dont il est le fils.
En 1930 sa propre compagnie voit le jour, fondée avec son frère et sa soeur, ils joueront principalement les pièces d'Eduardo pendant les quinze premières années. A la fin de la guerre, la renommée de la troupe s'étend au delà des frontières italiennes, et les pièces d'Eduardo sont jouées partout dans le monde.
Il participe au festival de Paris en 1956 pour présenter Sacré fantôme (Questi fantasmi), qu'il montera plus tard aussi au Vieux-Colombier en version française.
Jusqu'à la fin il jouera, tournera et mettra en scène. Même s' il fût considéré comme un grand acteur, son talent d'écrivain portera ombrage à son talent de comédien. On pense même qu'il sera difficile de jouer Eduardo sans lui. Heureusement, ses pièces sont montées ailleurs avec succès ... comme La Grande Magie mis en scène pas Strehler au Piccolo Teatro à Milan en 1985...
Il ne paraîtra plus en France après ses succès des années 1950.
Les pièces datant d'avant la seconde Guerre Mondiale sont regroupées dans Cantate des jours pairs (Cantata dei giorni pari) qui comprend 17 comédies. Après la Guerre, De Filippo portera un regard plus sombre, plus amer, écrira 24 autres pièces regroupées dans un second volume, Cantate des jours impairs. Les pièces de ce dernier recueil ont toutes été crées par sa compagnie et filmées pour la télévision.
Son oeuvre s'inscrit dans la tradition du théâtre populaire ; il puise à Naples les sujets de ses pièces plaçant ses créations dans un univers géographique et culturel réel, fabriquant des personnages universels, des types. Il observe avec attention la société, les gens du peuples, les citoyens de Naples, ville qui est pour lui la métaphore du monde, et les intègre à ses pièces comiques. Il s'efforce de dénoncer les malaises de la société napolitaine à travers ses petites intrigues dans lesquelles passe le souffle de la grande Histoire.
En 1960, De Filippo dénonce le problème de La camorra alors renaissante à Naples dans Antonio Barracano ( Il sindaco del Rione Sanità) ainsi que de la justice parallèle.
De Filippo a une vision de la société très sombre voire noire qui le devient encore plus dans Le contrat (Il contrato, 1967) où un escroc fantastique et un cynique arrivent à dévoiler l'hypocrisie de ses congénères.
Les examens ne finissent jamais (Gli esami non finiscono mai, 1974) dernière pièce d'Eduardo de Filippo nous offre un protagoniste continuellement en butte aux attaques de ses amis et de ses proches ; c'est à ce moment que la question du divorce divise l'Italie et que De Filippo dénonce dans sa pièce le mariage quand il n'est qu'une association d'intérêts. Ce personnage central finit par se soumettre au silence, il mourra et suivra ses propres funérailles.
Ce thème de la mort est central et récurrent dans l'écriture de De Filippo, qu'il s'agisse de faits réels ou imaginaires, leurs présences apportent une atmosphère surréaliste.
Les textes d'Eduardo sont écrits de temps à autres en un dialecte napolitain imagé et poétique ou en italien, ces deux langues se mêlent souvent à l'intérieur d'une même pièce accentuant l'effet cocasse. Cependant sous sa verve comique se cache un profond pessimisme.
Eduardo ce portraitiste napolitain, omnibulé par l' injustice et la misère passe au peigne fin sa société contemporaine. A travers les avatars et vicissitudes des personnages "Filippéens" il arrive à créer une véritable comédie humaine.
Il décède à Rome en 1984.






APRES LA REPETITION de Ingmar Bergman

Mise en scène Laurent Laffargue

Coproduction : La Coursive/Scène nationale de La Rochelle, Compagnie du Soleil Bleu
Avec l?aide à la reprise de l?Office Artistique de la Région Aquitaine, le soutien du Théâtre de la Commune, centre dramatique national d'Aubervilliers et de la Ingmar Bergman Foundation
La Compagnie du Soleil Bleu est conventionnée par le Ministère de la Culture/DRAC Aquitaine,
subventionnée par le Conseil Régional d'Aquitaine, le Conseil Général de la Gironde et la Ville de Bordeaux


Entre réalité et fiction, Après la répétition est le songe d?un metteur en scène qui fait défiler sa vie. En l?espace de quatre-vingt-dix minutes, Ingmar Bergman nous offre un raccourci de son oeuvre, parle de la magie des coulisses (l?envers du décor), de sa passion pour les comédiens (les comédiennes), de la peur de la mort, de la vieillesse, des couples déchirés, de la haine d?une jeune femme pour sa mère.
Dans cette réflexion minutieuse sur son art, le metteur en scène rejoue les moments forts de sa vie, entouré de deux actrices dont on ne sait si elles sont réelles ou fantasmatiques. Bergman réécrit les liens qui fondent le travail entre un metteur en scène et son actrice et régissent leur vie. Ils s?observent, détectent les faux-semblants, chacun s?expose et se protège, chacun victime de l?autre.

Un trio de comédiens interprète ce drame : Fanny Cottençon et Céline Sallette entourent Didier Bezace qui tient le rôle du metteur en scène. Comédien, directeur du Centre Dramatique National d?Aubervilliers, son jeu est empreint à la fois d?une certaine délicatesse, d?un charme discret et d?une fantaisie insoupçonnée. Autour des grandes questions sur les rapports entre la réalité et la fiction et la mise en abîme du théâtre dans le théâtre, Laurent Laffargue s?interroge autant sur lui-même qu?il nous interpelle.


Le film d?Ingmar Bergman est la trame, éminemment théâtrale de ce spectacle. Une scène de théâtre, nue, après la répétition. Pas de décors ; seuls, quelques éléments, meubles et paravents. Un metteur en scène vieillissant, Henrik Vogler, est plongé dans ses souvenirs. Ceux du théâtre et de cette mise en scène de la pièce de Strindberg, «Le Songe», qu'il monte pour la cinquième fois?Mais ses pensées sont interrompues par l'entrée d?Anna Egerman, une jeune comédienne passionnée qui, prétextant un bracelet qu'elle a oublié, en profite pour engager la conversation avec Henrik Vogler. Celui-ci, ayant été amoureux de sa mère par le passé, pourrait bien être son père?


Laurent Laffargue est un metteur en scène qui aime s?interroger sur son art, mettre en abîme le théâtre, jouer sur les rapports entre réel et fiction, rêve éveillé et réalité transfigurée.
Après la répétition, la pièce d?Ingmar Bergman, lui donne l?occasion de poursuivre son travail sur ces thèmes qu?il affectionne. En résidence de création à La Coursive, Laurent Laffargue nous précise les enjeux de cette pièce.

Comment s?est effectué le choix de cette ?uvre?

Dans la lignée des Géants de la montagne de Pirandello, c?est un spectacle qui parle profondément du théâtre, du metteur en scène et de ses relations avec les comédiennes. Le théâtre est un thème que j?ai souvent abordé, ainsi que la mise en abîme du jeu dans le jeu. Dans Après la répétition, on assiste au processus de création, au travail d?un metteur en scène avec une jeune comédienne ainsi qu?aux relations sentimentales entre ce même metteur en scène et deux femmes. Le théâtre d?un côté et la vie de l?autre. J?avais également l?envie, après avoir dirigé une équipe importante, de revenir à un spectacle plus serré, trois comédiens seulement, pour effectuer un travail plus intimiste et plus proche des acteurs et du texte.

Dans quel espace se déroule la pièce?

L?action se passe dans un théâtre où des comédiens sont en train de répéter Le Songe de Strindberg. Comme dans Le Songe, il est question d?une armoire, qui sera le centre du décor. Une très grande armoire, d?une taille un peu démesurée. Au fond de cette armoire, un écran sur lequel sont projetées, en guise de prologue en quelque sorte, des images des comédiens en train de répéter la pièce de Strindberg un peu plus tôt dans l?après-midi. Dans la pièce, le metteur en scène fait référence aux spectacles qu?il a montés précédemment, et je vais construire la scénographie avec des accessoires, des bouts de décors de mes anciens spectacles comme l?on fait parfois dans les périodes de répétitions. Je vais ainsi reprendre la double tournette utilisée dans Terminus.

Il y a une espèce de jeu de fantômes, où la réalité semble vaciller.

Le metteur en scène s?est assoupi. Quand la pièce commence, on ne sait pas très bien s?il se réveille ou s?il est en train de rêver l?après-répétition. Ce moment un peu particulier, je ne  veux absolument pas l?éclaircir. Je veux rester sur ce fil ténu, sans définir précisément dans quel temps on se trouve. Je souhaite travailler sur cette ambiguïté qui traverse la pièce et donner l?impression d?un temps étrange où les contours restent vagues et flous. Souligner sans affirmer, pour laisser les spectateurs entre rêve et réalité.

Quelles sont vos rapports à la vidéo dans ce spectacle?

Je me pose la question de comment entrer dans l?âmes des personnages. La relation à l?image, qui permet des gros plans des comédiens, peut-être un moyen d?y parvenir. Mais je fais confiance au théâtre, aux acteurs et au texte. Ce que j?envisage aujourd'hui avec le travail de vidéo ne sera peut-être pas gardé, ou seulement une étape. Le seul fait d?amplifier la voix des acteurs suffira peut-être.
Il ne s?agit pas non plus de refaire un film ; Bergman l?a déjà fait mais bien de mettre en scène une pièce de théâtre. L??uvre sur laquelle nous travaillons est l??uvre originale, sans les coupes, le montage, les inversions que l?on connaît dans le film. L??uvre intégrale d?une certaine manière.

Vous avez réuni une équipe de tout premier ordre avec Didier Bezace, Fanny Cottençon et Céline Sallette. 

Je souhaitais avoir des comédiens qui soient autant à leur aise dans le registre théâtral que dans celui des images enregistrées. Tous les trois ont un rapport naturel et professionnel avec le cinéma, et ont beaucoup tourné pour la télévision. Didier Bezace apporte au rôle du metteur en scène un côté plus dur, plus violent que le personnage décrit par Bergman. Je souhaite qu?il dégage une énergie masculine qui corresponde à l?idée que je m?en fais, qu?il soit dans une culpabilité assez violente dans les comptes qu?il a à régler avec lui-même et son entourage.

Interview réalisée par Olivier Maby pour le journal de La Coursive/la Rochelle, juin 2007


APRES LA REPETITION de Ingmar Bergman

Texte français : Lucie Albertini, Carl Gustaf Bjurstöm (Texte édité chez Gallimard)
Mise en scène : Laurent Laffargue
Assistante à la mise en scène : Sonia Millot
Scénographie : Philippe Casaban, Eric Charbeau
Lumière : Patrice Trottier
Son : Yvon Tutein
Costumes : Sarah Mériaux
Vidéo et régie lumière : Alain Unternehr
Régie générale : Nicolas Brun

Avec :
Didier Bezace
Fanny Cottençon
Céline Sallette


Durée du spectacle : 1h30 sans entracte

Planning de tournée 2008/2009


Novembre/Décembre 2008

Du 13 novembre au 6 décembre : Athénée Louis Jouvet de Paris
20 h tous les soirs sauf le dimanche 23 novembre : 16 h, samedi 6 décembre : 16 h et 20 h  Pause les dimanches 16 novembre et 30 décembre

Les 9 et 10 décembre : Théâtre André Malraux de Rueil Malmaison 20 h 45
Le 12 décembre : Théâtre de Chelles

Avril/Mai 2009

Du 1er au 4 avril : Théâtre National Bordeaux-Aquitaine 20 h (salle Jean Vauthier)
Le 7 avril : L?Olympia d?Arcachon 20 h 45
Les 9 et 10 avril :  Le Théâtre/Scène nationale de Bayonne et du Sud-Aquitain
Les 14 et 15 avril : La Théâtre/Scène nationale d?Angoulême
Les 17 et 18 avril : Théâtre de l?Union/Centre Dramatique Nationale de Limoges
Le 21 avril : Le Parvis/Scène nationale de Tarbes   
Les 24 et 25 avril : Théâtre municipal/Scène conventionnée du Mans
Les 28 et 29 avril : L?Odyssée/Scène conventionnée de Périgueux
Le 2 mai : Le Théâtre/Agen



Ingmar Bergman

Fils d'un pasteur luthérien suédois qui lui prodigue une éducation rigoureuse, fondée sur les notions de péché et de culpabilité, Ingmar Bergman éprouve très tôt une fascination pour le monde du spectacle, créant dès son plus jeune âge des spectacles de marionnettes avec sa soeur. Chaque dimanche après le sermon, il se rend dans les salles de cinéma de Stockholm, où il découvre les films muets de son compatriote Victor Sjöstrom, mais aussi les longs-métrages de Julien Duvivier et Marcel Carné.

Ingmar Bergman étudie l'histoire et la littérature à l'université, mais se consacre dès 1938 à sa première passion, le théâtre. Metteur en scène remarqué de Strindberg, Ibsen ou encore Shakespeare, il rejoint en 1942 l'équipe de scénaristes de la Svensk Filmindustri. Bergman voit son premier script porté à l'écran en 1944 par Alf Sjoberg (Tourments) avant de passer à la réalisation l'année suivante en adaptant une pièce danoise (Crise) -le monde du spectacle sera pour lui une source d'inspiration constante (La Nuit des forains). Dès La Soif en 1949, il sonde les mystères du couple, une thématique qu'il ne cessera d'explorer tout au long de son oeuvre avec cruauté mais aussi sensualité, comme en témoigne en 1953 Monika, avec Harriet Andersson et son fameux regard-caméra qui troublera les cinéastes de la Nouvelle vague.

Ingmar Bergman accède à la reconnaissance internationale au milieu des années 50 avec le marivaudage Sourires d'une nuit d'été (1955) puis Le Septième Sceau (1957), conte médiéval et réflexion sur la mort, deux films primés à Cannes et qui témoignent de la diversité de l'inspiration du cinéaste suédois. Avec des films mêlant réalisme et onirisme (Les Fraises sauvages, Ours d'or à Berlin en 1958), et dans lesquels il règle ses comptes avec la religion (Les Communiants), Bergman s'impose, aux côtés d'Antonioni en Italie ou de Resnais en France, comme l'une des figures majeures du cinéma moderne. A cet égard, Persona (1966), oeuvre déroutante sur le thème du double, est l'un de ses longs-métrages les plus commentés. C'est aussi le film de la rencontre avec Liv Ullmann, une des nombreuses égéries -aux côtés de Bibi Andersson ou Ingrid Thulin- d'un cinéaste à la vie sentimentale mouvementée.

Devenue sa compagne, Liv Ullmann apparaît dans quelques-uns des films les plus fameux de Bergman, comme Cris et chuchotements ou Scènes de la vie conjugale en 1974, destiné initialement à la télévision, et qui s'est révélé l'un des plus grands succès publics du cinéaste. Refusant de se cantonner au subtil cinéma psychologique qui a fait sa réputation (Sonate d'automne), il continue d'emprunter des chemins de traverse, filmant par exemple en 1974 l'opéra de Mozart La Flûte enchantée. Le maître suédois fait ses adieux au cinéma en 1982 avec Fanny et Alexandre, film-fleuve qui le voit se replonger dans ses souvenirs d'enfance. Loin de mettre un terme à ses activités, il continuera de tourner pour le petit écran (Apres la répétition en 1983, Saraband en 2003), et d'écrire des scénarios (Les Meilleures Intentions de Bille August, Infidèle de Liv Ullmann). En 1997, le Festival de Cannes lui décerne, à l'occasion des 50 ans de la manifestation, la "Palme des Palmes", une récompense que le secret Bergman n'est pas venu chercher, lui qui déclara à la revue Positif en 2001: "Tout ce qui m'a jamais intéressé, c'est d'accomplir un vrai bon travail d'artisan."


Laurent Laffargue

Metteur en scène et comédien, Laurent Laffargue signe toutes les mises en scène de la Compagnie du Soleil Bleu, qu?il a créée en 1992. Fidèle au théâtre francophone classique et contemporain (Le Tartuffe de Molière, Par la fenêtre et Amour et piano de Georges Feydeau, L?Epreuve de Marivaux [prix des régions et du public au festival Turbulences de Strasbourg], La Fausse Suivante de Marivaux, Dépannage de Pauline Sales), il est aussi attiré par les auteurs anglophones (Harold Pinter, créations : Le Gardien et Le Monte-plats), Edward Bond, William Shakespeare, Daniel Keene.

En 1995, Laurent Laffargue rencontre Edward Bond à Cambridge. De cet échange naît Entretien avec Edward Bond présenté en amont de la création de Sauvés (1998). Le travail de mise en scène de Sauvés, dans une nouvelle traduction commandée à Jérôme Hankins, se distingue en obtenant le prix des Rencontres Charles Dullin.

Cette rencontre avec Edward Bond, déterminante, conduit Laurent Laffargue à explorer l??uvre de Bertolt Brecht (création d?Homme pour homme) et celle de Shakespeare, auteur qui nourrit sa réflexion depuis toujours. En 1999, il met en scène Le Songe d?une nuit d?été et Othello. Ce diptyque, intitulé nos nuits auront raison de nos jours, est présenté dans toute la France durant trois saisons consécutives. Ces deux spectacles, salués par le public et reconnus par la critique, ont été repris en 2002 durant cinq semaines consécutives à la Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis (MC93 de Bobigny).

Associé à l?Opéra national de Bordeaux, Laurent Laffargue signe en 1999 sa première mise en scène d?opéra avec Le Barbier de Séville de Rossini (repris au Grand Théâtre de Bordeaux en mai 2005). Il réitère en septembre 2002 avec la création de Don Giovanni de Mozart (présenté également à Caen et à l?Opéra de Nancy-Lorraine et repris à Bordeaux en juin 2006).
L?Opéra national du Rhin lui a passé commande de la mise en scène des Boréades de Rameau (direction musicale d?Emmanuelle Haïm) dont la création a eu lieu en juin 2005 à La Filature de Mulhouse puis présenté à l?Opéra de Strasbourg.
En septembre 2007, il mettra en scène La Bohème de Puccini à l?Opéra de Bordeaux.

En mars 2002, il met en scène, pour la première fois en France Terminus de l?auteur australien Daniel Keene (présenté entre autres au Théâtre de la Ville de Paris/Les Abbesses).
Le spectacle Paradise est le résultat d?une nouvelle collaboration avec Daniel Keene ; la création a eu lieu à La Rochelle en octobre 2004 puis accueilli durant plus de six semaines par le Théâtre de la Commune/Centre dramatique national d?Aubervilliers (en partenariat avec le Théâtre de la Ville).

En mai 2002, Laurent Laffargue est récompensé par la critique pour l?ensemble de son travail et reçoit le prix Jean-Jacques Gautier.

Laurent Laffargue a mis en scène en janvier 2004 Beaucoup de bruit pour rien de Shakespeare dans une traduction inédite de Jean-Michel Déprats. Ce spectacle, salué par la critique et le public, a été présenté en tournée en France entre janvier et mai 2004 (dont trois semaines de représentations au Théâtre de la Ville de Paris au mois de mars).

En octobre 2005, il met en scène au Théâtre de l?Ouest Parisien de Boulogne-Billancourt quatre courtes pièces de Georges Feydeau, Léonie est an avance, « Mais ne te promène donc pas toute nue ! », Feu la mère de madame et Hortense a dit : «  je m?en fous ! ». Le projet s?intitule « Du mariage au divorce » et est présenté en diptyque sur deux soirées consécutives.

La Compagnie du Soleil Bleu est nommée au Molières 2006 dans la catégorie « Molière de la Compagnie ».

Il crée Les Géants de la montagne de Pirandello en novembre 2006 (présenté en tournée dans toute la France sur la saison 2006/2007 dont au Théâtre de la ville de Paris en janvier 2007).

Il prépare pour la saison 2008/2009 la création de La Grande Magie d?Eduardo De Filippo.




Didier Bezace

Co-fondateur en 1970 du Théâtre de l'Aquarium à la Cartoucherie, il a participé à tous les spectacles du Théâtre de l'Aquarium depuis sa création et jusqu'en 1997 en tant qu'auteur, comédien ou metteur en scène. Il est directeur du Théâtre de la Commune, Centre Dramatique National d'Aubervilliers depuis le 1er juillet 1997 et continue d'être acteur au cinéma et au théâtre.

Ses réalisations les plus marquantes en tant qu?adaptateur et metteur en scène au théâtre sont Le Piège d'après Emmanuel Bove (1990) ; Les Heures blanches d'après La Maladie humaine de Ferdinando Camon qu?il met en scène et joue au Théâtre de l?Aquarium avant d?en faire avec Claude Miller un film pour Arte en 1991 ; La Noce chez les petits bourgeois, suivie de Grand' peur et misère du IIIème Reich de Bertolt Brecht (pour lesquelles il a reçu le prix de la critique en tant que metteur en scène) ; Pereira prétend d'après Antonio Tabucchi créé au Festival d?Avignon en 1996.

Il a reçu un Molière en 1996 pour son adaptation et sa mise en scène de La Femme changée en renard d'après le récit de David Garnett. En 2001, il a ouvert le Festival d?Avignon dans la Cour d?Honneur avec L?Ecole des Femmes de Molière qu?il a mis en scène avec Pierre Arditi dans le rôle d?Arnolphe.

Au Théâtre de la Commune, il a notamment créé en 2004/2005 Avis aux intéressés de Daniel Keene qui a reçu le prix de la critique pour la scénographie et une nomination aux Molières 2005 pour le second rôle.

En mai 2005, il a reçu le Molière de la meilleure adaptation et de la meilleure mise en scène pour la création de La Version de Browning de Terence Rattigan.

Ses dernières réalisations sont La Maman bohême de Dario Fo qu?il a mis en scène avec Ariane Ascaride ; May d'après le scénario d'Hanif Kureishi, The Mother. En octobre 2007, il a mis en scène et joué Conservations avec ma mère d?après le scénario de Santiago Carlos Oves.

Sous la direction d?autres metteurs en scène, il a interprété de nombreux textes contemporains et classiques notamment Les Fausses confidences de Marivaux dans lesquelles il interprétait aux côtés de Nathalie Baye le rôle de Dubois.

Au cinéma : Il a travaillé avec Claude Miller, La Petite voleuse ; Jean-Louis Benoit, Dédé ; Marion Hansel, Sur la terre comme au ciel ; Bertrand Tavernier, L 627 et Ça commence aujourd'hui ; Serge Leroy, Taxi de nuit ; Pascale Ferran, Petits arrangements avec les morts ; Claude Zidi, Profil bas ; André Téchiné, Les Voleurs ; Bigas Luna, La Femme de chambre du Titanic ; Pascal Thomas, La Dilettante ; Marcel Bluwal, Le plus beau pays du monde ; Serge Meynard, Voyous, voyelles ; Jeanne Labrune, Ça ira mieux demain et C'est le bouquet ; Rodolphe Marconi, Ceci est mon corps ; Anne Théron, Ce qu'ils imaginent ; Daniel Colas, Nuit noire ; Valérie Guignabodet, Mariages ! ; Jeanne Labrune, Cause toujours; Rémi Bezançon, Ma vie en l'air.

À la télévision : Il a tourné avec Denys Granier-Deferre, La Maison vide ; Claude Miller, Les Heures blanches (d'après la pièce créée au Théâtre de l'Aquarium) ; Yves Lafaille, Un Colis d'oseille ; Philippe Venot, Mort à l'étage ; Jacques Rouffio, V'là le cinéma ; Gilles Béhat, L'Insolation ; Philippe Bensoussan, L'Enfer vert ; Alain Wermus, Tous les hommes sont des menteurs ; Caroline Huppert, L'Inventaire ; Daniel Jeannot, Quand j'étais petit ; Lluis Josep Comeron, La Face cachée de la lune ; Didier Le Pêcheur, Sombre manipulation ; Patrick Volson, Objectif bac ; Dominique Tabuteau, Double(s) Jeu(x) ; Caroline Huppert, La Liberté de Marie ; Alain Tasma, À cran ; Jean-Pierre Prévost, La Crim (épisode Jeu d'enfant) ; Stéphane Kappes, Alice Nevers : Le juge est une femme ; Jean-Daniel Verhaeghe, Les Thibault ; Jean-Daniel Verhaeghe, Sissi, l'Impératrice rebelle ; Daniel Janneau, Pierre et Jean ; Williams Crépin, Mon fils d'ailleurs ; Bertrand Arthuys, Riquet ; Christiane Le Herissey, Granny Boom ; Jacques Otmezguine, La Promeneuse d'oiseaux ; François Luciani, Les Camarades ; Marcel Bluwal, A Droite toute.


Fanny Cottençon

Au Théâtre, Fanny Cottençon a joué entre autres dans : La Cantatrice chauve et Les Variations de Goldberg (mise en scène Daniel Benoin), Fragments d?elle(s) (Sally Micaleff), Les couleurs de la vie (Michel Fagadau), Les Monologues du vagin (Tilly), Le Maître et Marguerite (Andreï Serban), Neige (Romain Weingarten) Arrête ton cinéma (Gérard Oury), Les derniers (Lucien Pintille).

Au cinéma, elle enchaîne les rôles notamment dans : La Chambre des morts (Alfred Lot), Tu peux garder un secret, Mariage mixte (Alexandre Arcady), Dialogue avec mon jardinier (Jean Becker), Vivante (Sandrine Ray), Nos Vies heureuses (Jacques Maillot), Ca reste entre nous (Martin Lamotte), Les Cles du paradis (Philippe Debroca), Les Saisons du plaisir (Jean-Pierre Mocky), Poussière d?ange (Edouard Niermans), L?Ami de Vincent (Pierre Granier Deferre), L?Etoile du nord - César du meilleur second rôle féminin- (Pierre Granier Deferre), Tout le monde peut se tromper (Jean Couturier), Tête à claques (Francis Perrin).

Pour la télévision, elle joue entre autres dans : Granny Boom (Christiane Leherissey), L?Enfant du secret (Serge Meynard), Le Sang des fraises (Manuel Poirier), Poil de Carotte (Richard Bohringer), Salut la vie (Daniel Jeanneau), La Canne de mon père (Jacques Renard), La Conseillère (Stéphane Curk), Les Hommes et les femmes sont fait pour vire heureux (mais pas ensemble) (Philippe De Broca), En danger de vie (Bruno Gantillon).


Céline Sallette

Formée au Conservatoire National Supérieur d?Art Dramatique, Céline Sallette est diplômée d?une licence d?études théâtrales.
En 2002, elle suit un stage dirigé par Ariane Mnouchkine.

Au Théâtre, elle a été mise en scène par Laurent Laffargue, Terminus de Daniel Keene, Le Songe d?une nuit d?été, Othello (rôle de Desdémone) de Shakespeare.

Au cinéma, elle a été dirigée par Pascal Bonitzer, Le grand alibi, Alfred Lot, La Chambre des morts, Patrick Grandperret, Meurtrières, Sofia Coppola, Marie-Antoinette, Philippe Garel, Les Amants réguliers.
A la télévision, elle joue dans Le Père Amable (série de téléfilms consacrés à Maupassant/France 2) réalisé par Olivier Schatzky et Figaro (rôle de Suzanne) réalisé par Jacques Weber.




MAIS QUE SONT LES REVOLTES DU BOUNTY DEVENUS ?
Ou le paradis perdu expliqué à ma fille



Un spectacle de Sébastien Laurier

Avec Arnaud Churin

Du 7 au 13 mars 2009
Théâtre Jean Vilar ? Suresnes

« Aucun homme n?est une île, un tout, complet en soi ; tout homme est un fragment du continent, une partie de l?ensemble ; si la mer emporte une motte de terre, l?Europe en est amoindrie, comme si les flots avaient emporté un promontoire, le manoir de tes amis ou le tien ; la mort de tout homme me diminue, parce que j?appartiens au genre humain »
John Donne, 1624.

« La réalité de notre relation à l?autre est purement une relation de domination de l?autre ».
Penelope Harvey et Peter Gow, 1994

« On regarde Koh-Lanta que si t?as fini tes devoirs. Non, c?est pas négociable! Je sais que c?est pareil chez maman ! »
Un père à sa fille, 2004.


Scénographie : Eric Charbeau, Philippe Casaban
Création sonore : David Chazam
Création video : Benoît Arène



Si je vous demande : vous connaissez les révoltés du Bounty ?

- Si tu es un enfant, tu répondras : un bounty ? oui oui oui ! j?en veux ! j?en veux un ! j?en veux un !
Je pesterai contre le goût de paradis du consumérisme et je te demanderai mais t?as pas vu le film avec Marlon Brando ?
Si tu es un enfant, tu diras : c?est qui Marlon Brando ?
Je râlerai intérieurement contre tous ces jeunes ignorants qui me battent à la playstation  et je te proposerai un deal : tu fournis les bounty, je fournis le DVD et on regarde ensemble. Aliéné par ta gourmandise, tu accepteras et pendant le film, je pourrai te raconter ce que je veux?  
- Si vous êtes un adulte, vous répondrez certainement : heu oui, j?ai vu le film je crois
Je vous demanderai alors lequel parce qu?il y en a eu plusieurs
Vous répondrez certainement celui avec Marlon Brando
Alors, je dirai en essayant de pas faire mon prétentieux, bien sûr, c?est celui qui est resté mais il y en aussi un avec Mel Gibson, un avec Clark Gable et même un avec Errol Flynn ; je rajouterai qu?il y  a eu aussi des dizaines de livres, des centaines d?articles, des romans, des nouvelles, des études, enfin bref, que cette histoire est devenue mythique en Angleterre mais que comme on est en France, on la connaît pas bien et qu?ici, des histoires qui se passent en 1789, on en a plein à raconter. Mais je ne pourrai pas m?empêcher de dire que cette histoire est fascinante, qu?elle est tout simplement l?histoire de l?humanité, l?histoire d?Adam et Eve, d?Abel et Caïn,  l?histoire de la colonisation par l?occident, celle de la révolte des indigènes et aussi et l?histoire de la guerre des sexes.
Rien que ça ? me demanderez-vous, circonspect(e).
Absolument, répondrai-je péremptoire. Mais cette histoire là n?est pas dans les films sur la Bounty car Hollywood finit toujours là où commence véritablement cette histoire.
Et notre histoire débute avec cette question que je finirai par vous poser:


Mais vous savez ce qu?ils sont devenus, ces révoltés du Bounty ?

Coproduction Théâtre de Suresnes Jean Vilar, compagnie du Soleil Bleu - direction artistique : Laurent Laffargue
Avec l?aide du Conseil Régional d?Aquitaine, de l?Office artistique de la Région Aquitaine et de la DRAC/Ministère de la culture et de la Communication


En résumé

Le 15 janvier 1790, au fin fond des mers du Sud, Fletcher Christian et huit mutins de la Bounty fuient la Royal Navy. Accompagnés d?hommes et de femmes de Tahiti, ils s?installent sur une île déserte : Pitcairn.
Quinze hommes, douze femmes. Un bébé.
Neuf blancs, dix-huit Polynésiens. Un bébé.
Près de vingt ans plus tard, on retrouve leur trace : il y a neuf femmes, vingt-trois enfants et un seul homme. Sur les quatorze hommes morts, treize se sont entretués. Que s?est-il passé ?
Plus de deux cent ans après les évènements, un homme, installé dans son salon, mène une véritable enquête historico-théâtrale, cherchant à démêler le mythe de la réalité.
A l?aide de livres, de films hollywoodiens, d?un ordinateur, le narrateur décortique ces faits historiques et analyse comment un groupe d?individus, à partir du rêve d?une nouvelle vie en est venu à vivre un cauchemar.
Confrontant des sources incertaines et contradictoires, notre héros invente sa propre vérité, révélant peu à peu la figure d?un Robinson contemporain qui se heurte à ses illusions et qui réalise une quête beaucoup plus intime, beaucoup plus enfouie qu?il ne l?avait envisagée.



A l?origine du projet?

Tout part d?un livre que j?ai lu il y a quelque temps.
Je l?avais acheté à cause de sa couverture, un tableau représentant un pirate assis sur une plage dans une position d?affliction, et de son sous-titre : l?odyssée de la Bounty.
Sur la quatrième de couverture, il était écrit que ce livre « évoque l?aventure de cette poignée de révoltés qui, maîtres du navire, gagnèrent l?îlot de Pitcairn, perdu au fin fond du Pacifique Sud, pour se mettre à l?abri de la justice des hommes.
Quinze hommes et douze femmes, Blancs et « Indiens » liés par le même destin, se réfugient donc, un beau jour de 1790, sur ce rocher désert et y fondent une minuscule république. Leur chef, Fletcher Christian, acquis aux idées nouvelles, entend partager équitablement la terre et traiter Blancs et Indiens sur le même pied. Il lui faudra admettre qu?il s?agit là d?un rêve ? lequel ne tardera pas à se transformer en cauchemar?[le] récit, pour incroyable qu?il soit, ne se fonde que sur la réalité la plus exactement repérée ».

J?ai pensé à ces hommes et à ces femmes, Blancs et Tahitiens qui, partis pour inventer une nouvelle manière de vivre ensemble, s?étaient entretués.
Ces hommes et ces femmes qui, en même temps qu?ils se donnaient la mort, donnaient la vie à des enfants, qui eux-mêmes deviendraient à leur tour les aïeux de la quarantaine de personnes qui habitent aujourd?hui ce bout de terre de 3km sur 1,5km du bout du monde, constituant ainsi l?une des plus petites sociétés humaines du globe.
De ce chaos  originel était née une forme inédite de communauté.
J?ai pensé aux enfants de ces hommes et femmes, qui avaient vu leurs parents s?entretuer.
Je me suis dit que si j?avais été un enfant ayant assisté à ces massacres, je n?aurais certainement jamais voulu grandir. Face aux atrocités commises par les adultes, autant rester un enfant. Ca m?a rappelé Peter Pan qui avait lui aussi une bonne connaissance de pirates, d?indiens et d?enfants perdus. Il savait de quoi étaient capables les adultes. J?avais trouvé pourquoi il n?avait jamais voulu grandir.
Et pourtant l?adulte et le parent que je suis sait qu?on doit grandir.
Mais comment ? pourquoi faire ? Qu?est-ce qu?on doit transmettre aux enfants ? Qu?est-ce qu?on leur transmet réellement ?
J?ai pensé que c?était là des questions que de tout temps et en tout lieu, les parents ne finissaient pas de se poser.
Et je me suis dit qu?il y avait là la matière d?un spectacle.
Mais pas d?un spectacle pour enfants ou d?une adaptation du livre PITCAIRN que je venais de lire,  plutôt un spectacle traversé par la question de la transmission.
Qu?ont vécu ces vingt-sept hommes et femmes sur ce minuscule bout de terre à l?autre bout du monde ? Qu?ont-ils raconté à leurs enfants des tueries ?
Et comment une histoire réelle, des faits sanglants se sont-ils transformés en un mythe fondateur de l?identité de cette microsociété ?

A la recherche d?un récit des origines

Mais pour cela, il fallait mener l?enquête pour savoir ce qui a réellement pu se passer au cours des dix-huit années (1790-1808) d?isolement total : qui a tué qui ? quand ? comment ? pourquoi ?
Partout les humains inventent des « communautés imaginaires » qui s?appuient sur des frontières symboliques et s?alimentent de récits d?origine, de héros fondateurs et de signes d?appartenance.
Dans le cas de la population de Pitcairn, il y a bien des héros fondateurs (les mutins et leur leader Fletcher Christian) et un récit d?origine.  Et ce récit nous vient d?une seule et unique personne : John Adams, dernier mutin survivant a fait plusieurs récits aux capitaines de vaisseaux venus sur l?île entre 1808 et 1829. Ses différentes versions ont sans cesse évolué, révélant ainsi une vérité chaque fois plus complexe.
C?est ainsi parole d?évangile que nous transmet Adams devenu patriarche, à la fois dernier et premier homme de cette communauté.
Mais quelle foi peut-on accorder à un Evangile ?
N?y aurait t-il pas des apocryphes ?
N?y aurait-il pas plusieurs vérités qui se superposent, se croisent ou s?entrechoquent ?
Quelle est la vérité des autres hommes ? Des autres Anglais ?  
Et celle des Tahitiens ?
Et celle des femmes ?
Et celle des enfants ?
Et celle des païens ?

Il va falloir inventer la vérité ; il va nous falloir inventer une histoire pour approcher la vérité et ainsi la transformer en réalité.

N?est-ce pas là l?objet du théâtre, mentir pour nous dire la vérité ?


Sébastien Laurier, aout 2008
 

Un processus de création

Ce projet n?est pas l?histoire d?une pièce écrite que je voudrais monter, mais bien le projet de vouloir faire théâtre à partir d?une histoire.
N?étant pas auteur, je trouvais mes tentatives d?écrire (une VRAIE pièce avec moult personnages ou un monologue du point de vue de Peter Pan) assez piteuses.
J?ai tourné autour de cette idée pendant un certain temps et quand, un jour, j?en parlais à un ami au café, il m?a dit : mais pourquoi tu ne racontes pas cette histoire comme tu le fais là avec moi à cette table ?
Je l?ai pris au mot, j?ai voulu essayer de comprendre et sentir un marin anglais, un homme ou une femme Tahitiens en 1789 : j?ai commencé à me documenter sur l?histoire des premiers contacts entre Blancs et Polynésiens au XVIIIeme siècle, sur la culture océanienne traditionnelle, sur l?histoire de l?île de Pitcairn.
Je suis allé sur internet, j?ai trouvé des sites, des livres, j?ai envoyé des mails à des historiens, à des anthropologues, des sociologues. Certains m?ont répondu, m?ont envoyé d?autres textes, j?en ai rencontré,?
Mais une découverte en entraînant une autre, je rencontrais une histoire universelle et je me suis retrouvé avec la bible, les mythes grecs mais aussi avec l?histoire de la colonisation, de la guerre des sexes ; à partir de l?histoire de ce bout de rocher, j?ai rencontré l?histoire du monde.
Cette histoire ne s?arrête jamais, je continue mes recherches et le spectacle sera le résultat de ce processus. Ce dernier est au c?ur même du projet, le nourrit, le fait évoluer en fonction de mes rencontres, de mes lectures et du calendrier de création.
Le texte restera en cours d?écriture sans doute jusqu?à l?ultime jour de répétition.

La traversée d?une création

Pour arriver à bon port, le 7 mars 2009 à Suresnes, le spectacle va passer par différentes escales :

juin 2008 : après des mois de travail solitaire de recherches depuis mon salon pour écrire un premier « monstre », résidence d?écriture/création au théâtre du Fon du Loup à Carves ( 24): www.ateliertheatre24.org

Juillet 2008 : prises de vues en mer pour vidéo

11 octobre- 25 octobre 2008 : enregistrements sonores/ prises de vues à Tahiti

27 octobre ? 5 novembre 2008 : résidence au théâtre Jean Vilar d?Eysines ( 33)

10 février- 6 mars 2009 :  répétitions au Théâtre Jean Vilar de Suresnes

7 au 13 mars 2009 :  création au théâtre Jean Vilar de Suresnes ( 92)


Un lien internet avec le public

Mais j?ai envie, si le spectateur le souhaite, et s?il a une connexion internet, de partager avec lui une partie du matériau utilisé et de mes découvertes: c?est pourquoi on va créer un site internet sur lequel on trouvera bibliographie, filmographie, textes et liens pour créer justement un autre lien avec le spectateur. Après/avant/à côté/ le temps de la représentation peut venir, avec nos nouveaux moyens de communication, le temps d?un autre partage avec le public.
 « Knowledge has to be shared » m?a dit l?historien anglais Trevor Lummis en m?ouvrant généreusement ses archives, lui qui a écrit un livre Life and Death in Eden ( 1997) sur ces années d?isolement sur Pitcairn. Comme lui et d?autres, sociologues, anthropologues m?ont orienté dans mes recherches et fait partager leur savoir, j?aimerais à mon tour, simple relais, faire circuler la connaissance.
Je voudrais ouvrir ce site juste avant la création du spectacle, en février 2009.

Au théâtre, le lieu où se racontent les mythes, l?histoire l?emporte sur l?Histoire et je ne veux et ne peux au final raconter que « ma petite » histoire. Et le spectacle, plus que d?avoir la prétention d?expliquer le monde, racontera l?histoire d?un homme.
Il sera l?histoire d?un homme qui livre au public le résultat de sa recherche sur cette histoire.

L?île ?salon d?un Robinson

Celui qui va donner les résultats de l?enquête, le narrateur, est seul sur le plateau.
Il est un homme blanc, la trentaine tellement entamée qu?il va fêter ses quarante ans. Il essaie de monter un projet sur les révoltés du Bounty tout en étant aux prises avec son rôle de père, divorcé, d?une enfant de bientôt douze ans : que lui offrir pour son anniversaire ? pourquoi ne veut-elle plus aller à l?école ?
Dans son salon, à l?aide de livres, de films, d?un écran et d?un ordinateur, seul mais en lien avec le monde extérieur par le téléphone et internet, il va dans une adresse directe au public livrer le résultat de ses recherches.
Mais sa vie va très vite le rattraper : qui va garder sa fille pendant qu?il parle au public ?
Et quand elle est là, comment reconstituer le temps du paradis perdu, le temps d?avant le divorce ?

Tout va se dérouler depuis le salon du narrateur.
Si l?île est le lieu imaginaire de toutes les utopies et de tous les enfermements, un salon peut aussi être l?image de la psyché du narrateur, son île et le huis clos de sa propre solitude.
Et si l?acteur est seul sur le plateau, le narrateur, lui, est dans son salon accompagné de nombreux personnages, réels ou imaginaires, avec lesquels il entretient une relation : sa mère, son ex-femme, sa fille, son ami, mais aussi les mutins, leurs compagnes et compagnons. Et Marlon Brando.
Et peut-être d?autres encore?

Et où l?on va découvrir les liens insoupçonnés entre l?histoire d?hommes et de femmes du XVIIIème  sur un minuscule bout de la planète et celle d?un homme du XXIème sur un bout encore plus petit, un plateau de théâtre.
Et l?origine de ces liens vient du fondement originel de notre relation à l?Autre ; qu?on soit un marin anglais ou une Tahitienne du XVIIIeme, un homme du XXIeme, on n?échappe pas à ce constat : l?Autre n?existe que par rapport à soi. On ne perçoit l?Autre qu?à partir de ses propres catégories de pensées et de représentations, en l?assujettissant à son propre désir.
On veut ce que possède l?Autre.
On veut posséder l?Autre.

De cette rivalité mimétique naissent tous nos malentendus :
Ceux entre Blancs et « Indiens », ceux entre hommes et femmes, ceux entre parents et enfants
Et les conséquences en sont plus ou moins tragiques?
Ce spectacle sera l?histoire d?un homme qui va raconter une histoire désenchantée du monde pour le réenchanter et qui, entre recherches historiques et fantasmes, rêves et réalité, va se heurter à ses propres illusions et réaliser une quête beaucoup plus intime et enfouie qu?il ne le croit.

C?est l?histoire d?un homme qui se bat avec la réalité. Et qui veut continuer à rêver.


L?équipage de cette Bounty

Texte et mise en scène : Sébastien Laurier
Passionné d?Histoire, il l?étudie à l?université. Mais très vite son histoire va se décliner en histoires et il s?inscrit au conservatoire de théâtre de Bordeaux.
Quand sa route croise, un jour, celle d?un inventeur d?histoires, Laurent Laffargue et sa Compagnie du Soleil Bleu, il s?embarque alors dans ses aventures. D?abord assistant à la mise en scène, il saute sur les planches. Commence alors son parcours de comédien qui le transporte avec la Compagnie du Soleil Bleu et d?autres, et le conduit dans le même temps, pas à pas, vers la source même de ces histoires qu?il raconte? l?Histoire des hommes.
Naviguant alors entre scènes et livres, il voyage sur les océans des livres d?histoires, de sociologie, d?anthropologie et finit par pêcher une idée magique : il existe une île où vivent les descendants des révoltés mythiques de la Bounty.
L?Histoire devient projet, l?idée devient spectacle : raconter une histoire vraie avec les outils qu?il a découvert, appris sur les scènes durant ces dix dernières années. C?est alors un travail de lectures, de recherches sur le web, sur les forums, dans les bibliothèques, dans les musées, d?échanges téléphoniques, mails, de rencontres à travers la France d?hommes et de femmes de sciences, de terrain, de théâtre, qui commence et qui le conduit vers cette nouvelle aventure d?auteur et metteur en scène, là où peuvent se conjuguer Histoire et Fiction.


Avec : Arnaud Churin
Issu du Conservatoire National Supérieur d?Art Dramatique de Paris, Arnaud Churin collabore au théâtre avec, entre autres, Eric Vigner, Olivier Py, Stuart Seide, Jean-Marie Patt, Eric Lacascade, Bérangère Jannelle ou Laurent Laffargue. Au cinéma, il a travaillé notamment avec Claire Denis, Olivier Assayas, Bertrand Tarvernier. Il a fondé une compagnie de Théâtre de rue et il est également metteur en scène .

Scénographie: Eric Charbeau, Philippe Casaban
Architectes diplômés de l'École d?architecture de Bordeaux, ils font cause commune autour de la scénographie pour la danse, le théâtre et l?opéra. Ils se sont principalement associés à la Compagnie Paul Les Oiseaux pour les chorégraphies de Valérie Rivière et d?Olivier Clémentz, au groupe Ouvre le chien sur des mises en scènes de Renaud Cojo et enfin à Laurent Laffargue pour une dizaine de mises en scène.

Création sonore : Chazam
Chazam, né le 12 Vendémiaire 177, compositeur multidirectionnel, instrumentiste approximatif.
Aime (entre autre) : la démocratie (l'idée), la mandoline, ses enfants, les musiques sur cassette, MP3, et sur vinyls.
Déteste (entre autre) : la cinquième république mourante, danser (mais adore faire danser les autres).
www.chazam.org

Création video : Benoît Arène


Pitcairn

« Véritable nid d?aigle posé au milieu de l?Océan Pacifique, Pitcairn se dresse à 2 200 km au sud-est de Tahiti et à 2 000 km à l?ouest de l?île de Pâques. Dans cette île du bout du monde, l?isolement et l?éloignement sont absolus : aucune terre habitée à 500 km à la ronde. Ce demi-cratère émergé est, en outre, d?un accès particulièrement difficile : la côte est déchiquetée et des falaises impressionnantes, se dressant à plus de 200 m, tombent à pic dans les profondeurs de l?océan. Aucun récif de corail ne protège cette île battue par les vents et les flots et dépourvue de toute plage ou installation portuaire. Les rares navires qui osent s?aventurer dans ces parages se contentent de mouiller au large quelques heures seulement. À l?isolement maritime vient se superposer l?isolement aérien : Pitcairn ne dispose, à ce jour, d?aucun aérodrome.
Dans ce cadre géographique exigu de 4,54 km2 est née, il y a plus de deux siècles, une société originale. Les autochtones constituent en effet la plus ancienne société métisse du Pacifique Sud puisqu?ils descendent tous des neuf mutins anglais du Bounty, réfugiés sur ce rocher solitaire, et de leurs compagnes tahitiennes. À l?écart du reste du monde, les ancêtres des Pitcairniens actuels ont harmonieusement mêlé les modes de vie anglais et tahitien pour donner naissance à une identité culturelle nouvelle et à la première langue créole du Pacifique Sud, le « pitkerner ». Les insulaires savent qu?une fois installés sur leur repaire inaccessible, ces mutins et leurs compagnons polynésiens s?entre-tuèrent quasiment jusqu?au dernier. Mais, par la magie du temps, cette sanglante tragédie s?est transformée ici en puissant mythe fondateur qui a permis de fédérer la communauté. Et si tous sont les descendants d?assassins, tous sont aussi le fruit de la rédemption opérée par John Adams, seul mutin survivant et fondateur de l?unique village, Adamstown, qui porte son nom. Cette histoire commune fait la fierté des Pitcairniens dont l?autre trait saillant est le grand degré de cohésion. Ici vit la plus petite communauté humaine au monde, une nano-société estimée à cinquante âmes en 1999, professant la même foi adventiste.
De leur passé tourmenté, les insulaires ont gardé un goût profond pour la vie communautaire et une philosophie très égalitariste. Ils demeurent profondément attachés à leurs libertés et Pitcairn s?enorgueillit d?être la première démocratie du Pacifique Sud. Depuis 1838, l?île jouit d?une constitution particulièrement libérale garantissant aux hommes comme aux femmes de plus de dix-huit ans le droit de vote. Sur le plan géopolitique, Pitcairn compte parmi les plus petites entités au monde (49 km2), même après l?adjonction de ses dépendances inhabitées d?Oeno, Ducie et Henderson, et constitue aujourd?hui l?une des dernières colonies britanniques. Mais la réalité du pouvoir est entre les mains du Conseil de l?île, sorte de parlement monocaméral qui gère à sa guise, et en toute indépendance, l?ensemble des affaires locales.
Grâce à la vente de ses timbres, prisés des philatélistes du monde entier, à de sages investissements financiers sur les marchés internationaux, et de plus en plus à la vente par correspondance sur Internet d?objets artisanaux de qualité, l?île est parvenue, tant bien que mal, à équilibrer son budget ces trente dernières années. Mais l?avenir ne s?annonce pas radieux. Les réserves financières de l?île sont au plus bas et les autochtones ont dû accepter une augmentation exorbitante des coûts du fret et de l?électricité, autrefois subventionnés. La situation démographique reste préoccupante. L?émigration massive vers la Nouvelle-Zélande provoque un déclin et un vieillissement constants de la population depuis une cinquantaine d?années et fait craindre un abandon pur et simple du rocher. Les autorités locales redoublent par conséquent d?efforts pour enraciner durablement les jeunes sur l?île. Une ouverture, même timide, au tourisme avec la construction d?un aérodrome serait-elle la solution ? L?avenir le dira ».

Pérez, Michel, « Pitcairn », pp. 209-210 in Laux, Claire (ss la dir. de), Le Pacifique, Coll. 101 mots pour comprendre, Nouméa : Île de Lumière, 2002.


La Compagnie du Soleil Bleu est conventionnée par le Ministère de la Culture (DRAC Aquitaine),

subventionnée par le Conseil Régional d'Aquitaine, le Conseil Général de Gironde & la Ville de Bordeaux